AMIS DU PATRIMOINE
POUDRIER ET PYROTECHNIQUE
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Hommage à Louis Médard

Eloge funèbre de Louis Médard prononcé par André Cachin le 16 mars 2004 dans l'église Saint Louis en l'Ile à Paris
 

Mon Père, Mesdames, Messieurs, chers camarades et amis Poudriers.

Nous voici réunis pour célébrer le passage à la vie éternelle de M. l'Ingénieur Général des Poudres, Louis Médard, ce qui n'est pas triste quelle que soit la peine de chacun, après une vie aussi longue, aussi féconde, et marquée par l'espérance chrétienne.

A ma sortie de l'Ecole des Poudres, Louis Médard a été mon premier patron, a eu dans ma carrière une place déterminante, et je l'ai souvent retrouvé en cours de route. Voilà ce qui me vaut l'honneur d’évoquer en quelques minutes, ce qui est une gageure, le savant et l'homme qu'il a été.

Louis Médard, né en 1904, entré à l'Ecole Polytechnique en 1923, avait, à la sortie, choisi le corps des Ingénieurs Militaires des Poudres.

Dans les années qui suivirent, il fit et publia de nombreuses études sur les nitrocelluloses, production phare du Service des Poudres, utilisée aussi bien pour les films photographiques de l'époque et le vernis à ongle, que pour les poudres de chasse et de guerre.

Puis, affecté au Laboratoire de la Commission des Substances Explosives (en abrégé C.S.E), il participa, sous les ordres de son directeur, Eugène Burlot, à un vaste programme d'essais sur les effets des explosions. La législation sur les usines et dépôts d'explosifs en tira un grand profit.

Lors de la défaite de 1940, le laboratoire se replia à Bergerac, d'où Louis Médard revint en 1941 pour prendre la direction de la Poudrerie de Sevran. Aux termes de la convention d'armistice, cet établissement avait été converti à des activités civiles, pour l'agriculture et l'industrie photographique, et sous surveillance allemande bien sûr, ce qui n'empêcha pas Louis Médard de se livrer à des activités moins innocentes, en liaison avec les FFI de la région. Arrêté, interrogé par la Gestapo, son bureau perquisitionné, il fût emprisonné à Fresnes, et finit par être relâché, faute de preuve.

Après quelques escarmouches à la Libération, et Burlot étant décédé à Bergerac, Louis Médard fût nommé Directeur du Laboratoire de la C.S.E. qui était revenu à Sevran. Avec une équipe d'ingénieurs des différents statuts poudriers, de pyrotechniciens, de chimistes, et d'ouvriers professionnels, il entreprit de remettre à niveau les installations en triste état, de rattraper le temps perdu durant les années noires, et de lancer des études nouvelles : évaluation de molécules explosives récemment synthétisées, calorimétrie, explosifs à usage civil ou militaire etc.

Un des évènements majeurs de l'époque avait été la naissance de l'arme atomique. Un des problèmes à résoudre, entouré par les Américains d'un secret rigoureux, était la conception d'édifices explosifs très particuliers. Encouragé par sa hiérarchie, Louis Médard en lança l'étude en 1951. En 1955, les résultats obtenus étaient tels que les autorités ministérielles décidèrent de consacrer un centre de recherche à cette activité. L'équipe de direction comprenait 4 ingénieurs des Poudres, dont 2 collaborateurs de Louis Médard, le plein succès du tir du 13 février 1960 couronna leurs efforts.

Vers la fin des années 50, Louis Médard quitta le Service des Poudres. Déjà consultant à la Société l'AIR LIQUIDE, il y resta jusqu'aux années 70, et son passage marqua fortement la Direction de la sécurité.

En présence de Paul Rigail et d'André Cachin, Louis Médard admire la médaille Paul Vieille que vient de lui remettre René Amiable, président de l' A3P dans le cadre de l'hommage qui lui a été rendu le 29 mars 1994 par l'A3P

Il serait trop long, de détailler ici toutes les participations de Louis Médard à des organismes français ou européens en charge de problème de sécurité divers, les substances explosives, bien sûr, avec la Commission du même nom dont il fût longtemps membre, puis Président; les engrais azotés, le transport des matières dangereuses etc.

Louis Médard enrichit en outre la littérature spécialisée de publications d'un intérêt considérable, et ce jusqu'à un âge avancé. Il avait 75 ans lorsque sortit son ouvrage « les explosifs occasionnels », qui n'est hélas que trop d'actualité, et 83 ans pour la deuxième éditions. Pour la parution de l'histoire de la thermochimie écrite avec le professeur Tachoire, il avait 90 ans.

Ce survol est encore trop rapide pour une carrière si riche. Mais il faut parler de l'homme. Partout où il est passé, Louis Médard s'est attiré le respect pour l'étendue de sa culture et sa rigueur intellectuelle, et la sympathie pour sa simplicité et sa modestie. Patron, il était attentif aux problèmes humains, dynamisant ses jeunes collaborateurs par ses réactions enthousiastes et ses critiques constructives.

Dès lors qu'il était dans son univers, sa timidité s'envolait ; il réagissait avec vivacité aux contre vérités scientifiques, même aussi aux fautes de français et aux fautes d'orthographe. Et, dans les moments de détente, c'était un charmant compagnon. Je pense notamment à un voyage d'études dans les Alpes avec les jeunes poudriers. Il commentait, tantôt avec gravité, à Ugine, tantôt avec humour, à Chambéry, les sites que nous traversions. Et il chantait joyeusement avec nous dans le car.

Pour tant de services rendus, l'Ingénieur Général des Poudres, Louis Médard a bien mérité les distinctions qui lui ont été décernées, la rosette d'officier de la Légion d'Honneur, et la Médaille de la Résistance.

Il n'est pas ceux que l'on oublie, et je suis heureux d'avoir pu, bien qu'imparfaitement, lui rendre ce dernier hommage.

 
 
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